到家了- [流言]

2009-12-24
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坐了三十来个小时的飞机,从南半球到北半球,从西半球到东半球,从非洲到欧洲,从欧洲到亚洲,从夏季到冬季,从烈日炎炎到白雪皑皑(飞机快到戴高乐机场时,从空中可以看见整个巴黎都被白雪覆盖),终于从“马达家思家”回到了家。

前天到北京后,飞机晚点四个多小时,好在鱼爱源兄开车到机场接。之然后找到云雷兄,一起去一家面馆吃酒。虽然与云雷兄第一次见面,但早看过他的文章,所以似乎是老朋友了,天南海北聊了一阵,两瓶二锅头没多久就入了肚。鱼爱源兄要开车,一口酒没喝,另三个人云雷兄喝得多一点,我和同伴每人六两吧,没想到云雷酒量那么大,似乎还没有任何醉意,而我自己后来怎么出的面馆都记不得了。另一位同行老师说,我一上火车就趴在车箱门口不动了,中间还有一些小插曲。我直到半夜醒来,才发现自己居然已经在火车上。

昨天早上到达南昌。孩子早已经在家等着。那个亲热就别提了,一口一个“爸爸”,粘在身边,一直到晚上睡觉还要抱着。这些天先陪孩子,这里就暂停了。刷个墙,向朋友报个平安。


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Notice nécrologique de Louis ALTHUSSER publiée dans l’Annuaire de l’Association Amicale de Secours des Anciens Elèves de l’Ecole Normale Supérieure (Recueil 1993)

发表于《巴黎高等师范学院校友救助友好协会年鉴》(1993年文集)上的路易·阿尔都塞传略。

ALTHUSSER (Louis), né à Birmandreis (Algérie) le 16 octobre 1918, décédé à La Verrière (Yvelines) le 22 octobre 1990 - Promotion de 1939

路易·阿尔都塞,19181016日生于比曼德利(阿尔及尔),19901022日逝世于La Verrière(伊夫林省)。——1939年入学。

Au moment où, avec hésitation et retard, j’entreprends de rédiger la notice qu’au nom du bureau de l’Association a bien voulu me demander Jean Châtelet, l’image médiatique de notre camarade connaît une nouvelle péripétie — qui ne sera probablement pas la dernière. La parution de deux textes autobiographiques, rédigés respectivement en 1985 et 1976 [1], attire à nouveau l’attention, non sans fracas, sur la destinée du "caïman de la rue d’Ulm", mort le 22 octobre 1990. Cette curiosité pour un homme qui paraissait oublié, dont les écrits sont presque tous introuvables, mais qui fut deux fois célèbre — une première fois dans les années 60 et 70, comme philosophe marxiste et, avec Lévi-Strauss, Lacan, Foucault, Barthes, figure emblématique du "structuralisme français" ; une deuxième fois pendant quelques semaines, comme protagoniste malheureux, et scandaleux, d’un "fait divers" inattendu, le meurtre de sa femme Hélène dans les locaux mêmes de l’Ecole — coïncide sans doute avec la levée de certains tabous et la fin du temps de latence, au delà duquel se manifestent l’intérêt, la nostalgie et le besoin d’explication d’événe¬ments qui, désormais, appar¬tiennent à l’histoire.

Il n’est pas certain pour autant qu’une telle curiosité conduise d’emblée à une vue claire de ce qu’ont été la person¬nalité et le rôle intellectuel d’Althusser. Il n’est certes ni possible ni souhaitable que ces matières fassent jamais l’unanimité. Du moins peut-on espérer qu’elles soient discutées à partir de l’en¬semble des données, et de jugements indépendants les uns des autres. Le moment présent, dans lequel sont encore acces¬sibles les témoig¬nages de toutes les générations de col¬lègues, élèves, camarades, interlocuteurs, amis et adver¬saires, etc. d’Althusser, est favorable à cet éclairage, qui n’intéresse pas uniquement le sort d’un homme, si exceptionnel ou anormal qu’il ait paru, mais celui des institutions et organisa¬tions auxquelles son existence a été étroitement mêlée. [2]

Je voudrais donc préciser d’emblée ce qu’une telle "notice" ne saurait être. Ni un témoignage personnel, ici déplacé et qui demanderait plus d’espace. Ni une biographie, complétant, confirmant ou rectifiant les textes récemment parus, pour laquelle je n’ai pas compétence. Ni une réelle présentation de l’oeuvre théorique d’Althusser. Ni, enfin, une analyse détaillée du rôle que, pendant plus de trente ans, il a joué dans la vie de l’Ecole et que, en retour, celle-ci a joué dans sa vie. Mais un rappel de faits, suivi de quelques réflexions et hypothèses.

Né le 16 octobre 1918 à Birmandreis, dans la banlieue d’Alger, d’une famille d’employés et de petits fonctionnaires (son père, Charles Althusser, terminera sa carrière effec¬tuée pour l’essentiel en Afrique du Nord comme directeur pour la place de Marseille de la Compagnie Algérienne de Banque), Louis Althusser fait ses études secondaires à Marseille et prépare le concours de l’ENS dans la khâgne de Lyon, où il aura notamment pour profes¬seurs en philosophie Jean Guitton, puis Jean Lacroix, et en histoire Joseph Hours. Ces trois maîtres de l’école publique, représentants de tendances dis¬tinctes de la pensée catholique, exerceront une grande influence, de son propre aveu, sur sa formation intellectuelle. Reçu au concours en 1939 (promotion de H. Birault, de J. Havet, de M. Soriano, de Tran Duc Thao et de J. Vuillemin notamment), il est mobilisé avant la rentrée, fait prisonnier en Bretagne avec son régiment d’artilleurs, et envoyé dans un camp de prisonniers en Allemagne (Stalag XA, dans le Schleswig-Holstein), où il passera toute la guerre. Reprenant ses études en octobre 1945 (avec la promotion de L. Sève, A. Tourai¬ne, E. Verley) après quelques mois d’incertitude où il semble que Jean Baillou, alors sous-directeur de l’Ecole, ait contribué à le rassurer sur la possibilité de surmonter cette terrible "inter¬ruption" de six années, il obtient son diplôme d’études supér¬ieures avec un mémoire sur "La notion de contenu dans la philo¬sophie de Hegel", sous la direction de Gaston Bachelard, et il est reçu 2ème à l’agrégation en 1948. Une étroite amitié et connivence intellectuelle le lie alors à Jacques Martin (promo¬tion 1941, traducteur de Hegel et de Hermann Hesse, qui se suicidera en 1963) et à Michel Foucault (promotion 1946). La même année il est nommé caïman de philo¬sophie, prenant la succession de Georges Gusdorf. Il occupera ce poste sans interruption jusqu’en 1980, avec les grades d’agrégé-répétiteur, puis de maître-assistant et de maître de conférences, d’abord seul, ensuite en compagnie de Jacques Derrida et de Bernard Pautrat. A partir de 1950, il sera en outre secrétaire de la section des lettres de l’Ecole, et à ce titre participera activement, aux côtés de successifs directeurs, à la gestion et à l’orientation de l’établissement. [3] En 1975, il soutiendra "sur travaux" sa thèse de doctorat d’Etat à l’Université de Picardie devant un jury composé de Bernard Rousset, Yvon Belaval, Made¬leine Bar¬thélémy-Madaule, Jacques D’Hondt et Pierre Vilar. [4] Après le meurtre de sa femme le 16 novembre 1980, le non-lieu judiciaire prononcé en application de l’article 64 du Code pénal au vu de l’expertise psychiatrique des Docteurs Brion, Diederichs et Ropert, et l’arrêté d’internement pris par la Préfecture de Police, il est mis à la retraite d’office. L’administration demandera alors à ses proches de procéder à l’évacuation de l’appartement de fonctions qu’il avait occupé pendant plus de vingt ans au rez-de-chaussée, angle Sud-Ouest, du bâtiment principal, face à l’infirmerie où résidait son ami le Docteur Etienne.

Les dix dernières années de la vie d’Althusser se déroule¬ront successivement, ou en alter¬nance, dans divers établissements psychiatriques (Hôpital Sainte-Anne, Hôpital de secteur du XIIIe arrondissement "L’eau vive" à Soisy-sur-Seine, Centre "Marcel Rivière" de la MGEN à La Ver¬rière), d’abord sous le régime du placement administratif, ensuite sous celui du placement libre, et dans l’appartement qu’il avait acquis en prévision de la retraite, rue Lucien Leuwen (Paris 20e), où il fera notamment un long séjour presque ininterrompu de 1984 à 1986. Soigné par différents médecins, il ne recevra plus alors que la visite de quelques amis, anciens ou nouveaux, mais ne sera jamais livré à la solitude. Michelle Loi et Stanislas Breton, en particulier, assumeront la charge d’une présence continue auprès de lui.

Ces données suffisent à faire comprendre l’étroitesse (à bien des égards problématique, j’y reviendrai) du lien qui a uni Althusser à l’Ecole. Ce lien "physique" autant que "moral" est probablement unique en son genre dans l’histoire de celle-ci, même au regard de Lucien Herr (avec qui on a souvent proposé la comparaison, mais qui n’a jamais habité l’Ecole même) ou de certains grands directeurs des Laboratoires scientifiques comme Rocard, Kirrmann, Kastler ou Brossel.

Althusser enseignant

Prenant les choses dans l’ordre, j’insisterai d’abord sur la continuité du travail d’Althusser auprès de ses élèves philosophes. Officiellement chargé de la préparation à l’agrégation, à laquelle il apporta toujours un soin particulier, ses relations — au dire des anciens élèves — ne devenaient vraiment étroites avec eux (sauf exceptions personnelles) qu’en dernière année (celle du concours). L’influence qu’il exerça sur les promo¬tions successives, jusqu’au début des années 60, passa essentiel¬lement par des corrections, des reprises de leçons, des conversa¬tions constituant une sorte de "tutoring" à l’anglaise, des cours enfin, exceptionnellement clairs et denses, minutieusement préparés, sur les auteurs du programme et ses philosophes de prédilection (notamment Machia¬vel, Malebranche, Hobbes, Spinoza, Locke, Montesquieu, Rousseau, Hegel, Feuerbach ...). [5] La diversité des orientations prises par ses élèves, dont la plupart des grands noms de l’Université et de la philosophie française contemporaine, suffit à témoigner de la fécondité de cet enseig¬nement et de la liberté intellectuelle qu’il procurait.

A partir des années 6O, sans que ce travail de base ait jamais disparu, un nouvel élément s’ajouta, de caractère assez différent. Ayant commencé à faire connaître ses propres travaux (1959, Mon¬tes¬quieu, la politique et l’histoire, P.U.F. ; 1960, traduction et présentation de Ludwig Feuerbach, Manifestes philosophiques, P.U.F. ; 1961 et 62, articles "Sur le jeune Marx" et "Contradic¬tion et surdétermination" dans la revue La Pensée ; 1963, article "Philosophie et sciences humaines" dans la Revue de l’enseigne¬ment philosophique), Althusser est sollicité par des élèves philosophes de différentes promotions d’organiser un enseignement plus largement ouvert. Il le fait sous la forme de séminaires, où lui-même n’intervient que comme un primus inter pares, mais dont l’impulsion sera décisive pour toute une génération. C’est la série ascendante qui débute en 61-62 avec "Le jeune Marx", continue en 62-63 avec "Les origines du struc¬turalisme", en 63-64 avec "Lacan et la psychanalyse", et culmine en 64-65 avec "Lire Le Capital" (à l’origine de l’ouvrage collectif du même nom). Après cette date, la situation change à nouveau : Althusser étant devenu en quelques mois célèbre et l’in¬spirateur d’une "école" philosophique à vrai dire éphémère, mais qui donne lieu aussi à de violentes polémiques politi¬ques, il renonce à ce type d’ac¬tivité pour proposer d’autres initia¬tives. Dès avant 68, et a fortiori après, il revient à une préparation plus classique des agrégatifs (cours limités dans le temps et, de plus en plus, en raison de sa maladie, simple correction d’exer¬cices). [6]

Un second aspect de l’activité d’Althusser à l’Ecole s’articule au précédent : celui d’un véritable directeur des études philosophiques (sans titre), qu’il exerce tantôt seul, tantôt au travers de deux exceptionnelles collaborations et amitiés, avec le Directeur Jean Hyppolite puis avec son collègue Jacques Derrida. [7] A une époque où l’Ecole (du moins l’Ecole littéraire) n’est toujours officiellement qu’un internat doublé d’une bibliothèque et voué à la préparation au concours d’agréga¬tion, Althusser tente de développer aussi, à travers conférences et séminaires, une véritable formation à la recherche et une "vie" philosophique propre. Les conférenciers qu’il invite ou dont il organise la venue à la demande des élèves vont de Gueroult, Canguilhem et Beaufret à M. de Gandillac, Vuillemin, Granger, Laplanche, Birault, Aubenque, Derathé, Culioli, Foucault, Serres, Vernant, Bourdieu, Bettelheim, Guiller¬mit, Stanislas Breton, Deleuze, Passeron, Tourai¬ne, Meillassoux, Brunschwig, Teyssèdre, Alexandre Matheron, André Pessel, Henri Joly, Bouveresse, P. Raymond, Toni Negri, Robert Linhart, etc. Les questions traitées, de l’his¬toire de la philosophie et de l’épistémologie à l’esthétique, à la linguistique et à la sociologie (avant la création du départe¬ment des sciences sociales). Particulièrement sensible à l’impor¬tance des "sciences humaines", mais adversaire déclaré du positivisme et intervenant sans détour dans les épisodes contemporains du Methodenstreit, Althusser voit dans le maintien de rapports étroits entre ces disciplines et la philosophie une double garantie de réalisme pour l’une et de résistance à leur propre impérialisme techniciste pour les autres. Cette activité d’organisation vise à faire de l’Ecole, non pas contre l’Univer¬sité (d’où viennent toutes les forces mises en oeuvre) mais à côté d’elle, et plus librement que dans certaines de ses struc¬tures, l’un des lieux d’animation de la philosophie "vivan¬te", non "académique", ouverte aux discussions internationales : elle y réussit large¬ment pendant plusieurs années. Il convient à cet égard de faire une place singulière, mais nullement ex¬clusive, à l’invitation qu’il contribua à faire adresser au Dr Lacan de poursuivre à l’Ecole (à partir de 1964) son séminaire de psychan¬alyse.

Il est un troisième aspect de l’activité pédagogique d’Althusser (au sens large) sur lequel il me paraît d’autant plus intéressant d’insister qu’il correspond à l’une des vocations de l’Ecole dont on peut craindre qu’elle soit parfois oubliée de ses usagers ou de ses tuteurs, ou mise en danger par l’air du temps : je veux parler de l’organisation systémati¬que des occasions de rencontre et d’échanges intellectuels, voire de formation commune aux "littéraires" et aux "scientifi¬ques". Il n’est pas étonnant que l’impulsion vienne ici d’un philosophe, même s’il est clair que rien n’aurait pu se faire sans demandes, intérêts, collaborations d’enseignants, de chercheurs, d’élèves des autres disciplines. Au reste, Althusser s’inscrit ici, mais à sa façon, dans la voie suggérée par J. Hyppolite. Parmi les initiatives qu’il prend, notons l’organisa¬tion de cours de mathématiques pures pour les élèves "littéraires" et, surtout, le "Cours de philosophie pour scientifiques" de 1967-68, qu’il prend en charge avec la col¬laboration d’un groupe de ses anciens élèves (Macherey, Balibar, Regnault, Pêcheux, Badiou, auxquels se joint Michel Fichant, élève de Canguilhem à la Sorbonne), et qui jusqu’aux "événements de mai" attire dans la salle Dussane un auditoire très important venant de l’Ecole et d’au-delà de l’Ecole. [8] Quelques années plus tard, il sera également à l’origine de la fondation du séminaire "Philosophie et mathématiques" dirigé par Maurice Loi en collaboration avec M. Caveing, P. Cartier et R. Thom, dont les activités se poursuivent aujourd’hui. Ces initiatives bénéficient, évidemment, d’une atmosphère alors exceptionnellement favorable à l’épistémologie et à la réflexion critique sur les pratiques scien¬tifiques, ainsi que du prestige et de la force de conviction de leur promoteur. Elles illustrent bien une vocation de "passeur" ou de "médiateur" entre les composantes de l’in¬stitution univer¬sitaire dont nous retrou¬verons dans un instant d’autres aspects.

Althusser philosophe

Il convient maintenant de donner quelques indications sur l’oeuvre personnelle d’Althusser, entièrement élaborée dans les murs du 45 rue d’Ulm [9], et qui, indépendamment de sa valeur et de son style, de son caractère opportun ou intempestif, dut certainement à cette "localisation" une partie de son prestige. Mais qui trouva la plupart de ses lecteurs et de ses interlocuteurs dans un tout autre espace.

Cette oeuvre, on le sait, est quantitativement limitée, du moins pour ce qui concerne la partie publiée (les textes inédits, plus ou moins achevés, sont nombreux mais ne représentent sans doute pas la masse considérable qu’imaginent certains commentateurs, intrigués par la "dispropor¬tion" entre l’ambition des projets esquissés par Althusser et le volume relativement faible de ses publications, mais qui sous-estiment les obstacles dressés devant l’activité créatrice par les longues périodes de dépres¬sion et de récupération). Une bonne partie, comme le savent les nombreux témoins de sa réflexion, en a été rédigée, selon un scénario typique, en quelques jours, voire quelques heures de travail ininterrompu favorisé par l’exaltation, ce qui n’est pas à dire, au contraire, qu’elle ne reposât sur aucun travail de prépara¬tion. Il convient de relati¬viser sérieusement les dires d’Al¬thusser selon lesquels il n’aurait "rien lu" ou n’aurait eu qu’une formation philosophi¬que "bricolée". Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’Althusser a toujours mis à profit son excep¬tionnelle capacité d’écoute et son goût pour la conversation théorique pour substituer à de longues investigations bibliogra¬phiques les échanges oraux. Pourquoi lire un livre passivement, ou attendre la publication d’un article, quand on est capable de se le faire raconter en détail par son auteur, en recherchant avec lui le "centre" problématique ? Cette "méthode" comporte aussi, naturellement, des risques de quiproquo. Elle était favorisée par l’installation d’Althusser à demeure dans l’Ecole, où son bureau occupait une position "stratégique" : à la Bibliothèque on allait pour lire, chez lui pour parler, et ce n’était pas seulement le cas des philosophes. Combien de visi¬teurs, amis et anciens élèves, collègues français et étrangers venus du monde entier, se sont ainsi trouvés enrôlés pour un moment dans ce qu’il appela quelque temps - d’une expression reprise au jeune Marx - le "parti du concept".

Mais revenons à son propre travail. Sans doute est-il traversé par des préoccupations (voire des obses¬sions) constan¬tes, fondé sur des références de prédilection, orienté par une recherche ininterrompue. Il n’en est pas moins clairement réparti entre des périodes distinctes.

Si nous laissons de côté les textes d’apprenti (très brillants, comme le diplôme d’études supérieures, dont Y. Moulier a publié des extraits) [10] et les écrits "de jeu¬nesse" liés notamment à son engagement dans les mouvements catholiques, la première période (jusqu’au début des années 60) peut être considérée rétrospectivement comme une phase d’accumulation. Elle culmine dans le petit livre sur Montesquieu. Althusser prépare alors des thèses de doctorat d’Etat sur "Politi¬que et philosophie au XVIIIe siècle français" et sur le Discours sur l’origine de l’inégalité de Rousseau sous la direction de J. Hyppolite et de V. Jankélévitch. Ayant adhéré en 1948 au Parti communiste, mais s’étant toujours tenu à l’écart des productions "officielles" du marxisme de parti (ou n’ayant pas été sollicité d’y contribuer), il poursuit sa propre réflexion sur les rapports du marxisme et de la philosophie (en particulier sur la notion d’aliénation et les tendances "humanistes" et "antihumanistes" dans la pensée de Marx), ainsi que sur la portée théorique de la psychanalyse [11].

La deuxième période — celle des années 60, de part et d’autre de Lire le Capital, depuis le premier article "Sur le jeune Marx" recueilli dans Pour Marx, jusqu’à la conférence de 1968 à la Société française de philosophie (Lénine et la philo¬sophie) et au cours Philosophie et philosophie spontanée des savants (édité en 1974) — est la plus connue. Sans doute est-ce aussi celle des oeuvres les plus fortes, ou du moins les plus achevées (y compris lorsqu’el¬les revêtent une forme programmatique, interrogative : Althusser est l’homme des essais, des "notes pour une recherche", des thèses, qui sont en réalité des hypothèses, en vertu de l’un de ses adages préférés, attribué à Napoléon : "on s’avance et puis l’on voit"). Ce sont elles qui imposent les notions de "lecture symptomale", de "coupure épistémologi¬que", de "surdéter¬mination" et de "causalité structurale", de "pratique théorique". Ce sont elles aussi, qu’on le veuille ou non (et il y a fort à parier que ceci est la source de l’embarras que traduisent beaucoup de jugements actuels sur ce qu’on a appelé improprement la "pensée 68"), qui établissent une étroite connexion entre les transformations du marxisme au XXe siècle, le "struc¬turalisme" philosophique (comme alternative originale au natura¬lisme et à l’idéa¬lisme transcen¬dan¬tal — y compris dans sa variante phénoméno¬logique —, au logicisme et à l’historicisme) [12], enfin l’épis¬témologie historique dite "fran¬çaise", c’est-à-dire rationaliste et dialectique. On a rappelé plus haut une partie des condi¬tions de leur élaboration. Ce n’est pas enlever quoi que ce soit à l’autonomie de la pensée d’Althusser et à sa fonction de "moteur" initial que d’insister sur sa dimension coopérative (qui s’étend bien au-delà du groupe de noms inscrits sur cer¬taines publica¬tions collec¬tives). Voilà d’ail¬leurs une bonne illustration de la thèse de Spinoza (à qui Althusser ne cesse de se référer) : individualisa¬tion et coopéra¬tion ne sont pas des termes con¬traires, mais corrélatifs. [13]

Le "choc" de 68, vécu in absentia, a déterminé à retardement chez lui une intense activité de correspondances et d’échanges au cours des années 70, dont on ne saurait dissocier sa participation au travail engagé, de plusieurs côtés, sur les questions de l’"appareil scolaire". [14] Il n’en est pas moins clair, après-coup, qu’il a détruit une bonne partie des bases et des conditions de réalisation du "projet" politico-théorique formé dans les années 60. Le travail d’Althusser prend alors une nouvelle orientation, mais aussi il devient beaucoup plus fragmentaire. Cela tient à plusieurs facteurs, en soi indépendants, qui finissent par constituer un "noeud" inextricable. Concevant la philosophie, non comme une spéculation mais comme un combat (le Kampfplatz de Kant, qu’il rebaptise "lutte de classe dans la théorie"), il doit nécessairement chercher à "rectifier" ou "ajuster" ses interventions en fonction des effets qu’elles ont produits (ou de ce qu’il en a perçu). Or, dans le même temps, sa renommée étant devenue mondiale (certains militants d’Amérique latine, notamment, le considéreront quasiment comme un nouveau Marx), la pression de l’immédiateté politique se fait sur lui toujours plus forte. Alors qu’il se trouve impliqué dans de violents conflits d’organisation, inséparables de déchirements personnels, sa maladie s’aggrave, entraînant des séjours de plus en plus longs et fréquents dans des établis¬sements de soins ou de repos, au cours desquels on expérimente sur lui diverses combinaisons chimiques anti-dépres¬sives, et qui détruisent par là-même toute possibilité de travail continu. Avec le recul, et compte tenu des événements survenus depuis, il est tentant de suggérer que ces vicissitudes subjectives n’étaient qu’une façon de "vivre" les étapes succes¬sives de la décomposition du communisme. Car Althusser, tout en proclamant bien haut la nécessité et l’autonomie de la théorie, avait indis¬solublement lié son activité intellectuelle à la perspective d’une "refonda¬tion" de ce mouvement, à la tentative d’anticiper sa reconstruc¬tion par delà sa crise, dans le cadre national et international. Il se trouve pris, d’abord, dans les contrecoups de la scission entre le communisme soviéti¬que et le communisme chinois, puis dans la polémique sur l’"euro¬communisme" et l’abandon officiel par le PCF de la notion de "dictature du prolétariat". De côtés opposés on lui reproche, en termes parfois identiques, son "théoricisme". Les successives autocritiques dans lesquelles il s’engage peuvent apparaître, à beaucoup d’égards, comme un processus régressif, et même destruc¬tif. D’un point de vue purement philosophique, cependant, elles finissent par dégager les thèmes d’une philosophie de la contin¬gence historique (la "surdétermination" ne va pas sans la "sousdétermination") et de la matérialité des idéologies comme élément de toute pratique (y compris la pratique théorique), dont la convergence vir¬tuelle esquisse ce qu’aurait pu être la doctrine d’un"second Althusser", radicalisant la critique des philosophies du "sujet constituant" et du "sens de l’histoire" qui avait caractérisé le premier. [15] C’est pourquoi toute interprétation réductrice — à des déterminations politiques comme à des stéréotypes psychiatriques — a toutes chances de se fourvoyer.

Resterait à décrire l’activité d’Althusser dans la période finale, notamment entre la levée de son placement administratif et l’opération chirurgicale qui, en 1987, déterminera chez lui une nouvelle phase mélancolique profonde prati¬quement sans rémission. On peut s’en faire une idée partielle d’après le texte autobiographique qui vient d’être publié, ou encore les fragments de conversation transcrits et édités au Mexique par Fernanda Navarro. [16] Plus que jamais il est soumis à l’alternance des phases d’exaltation et d’angoisse. Il est aussi pris entre l’abattement dans lequel son isolement le plonge, et le désir parfois violent de "lever la pierre tombale", c’est-à-dire l’interdit d’expression publique que la société impose de facto aux meur¬triers, qu’ils soient considérés comme responsables ou comme irresponsables. Il tente alors de reconstituer autour de lui un milieu d’inter¬locuteurs semblable à celui qu’avait accueilli le bureau de la rue d’Ulm. Certains de ses amis s’y prêtent, d’autres s’y refusent ou, comme le signataire de ces lignes, tentent avec embarras de trouver un équilibre entre ce qu’ils croient "raisonnable" et ce qui leur paraît "délirant" (ou "imprudent"). Il est peu probable que les textes rédigés au cours de cette période, dont les héritiers d’Althusser annoncent la publication, contiennent des révélations théoriques, mais il n’y a aucune raison d’exclure qu’ils ajoutent à son oeuvre et que, joints à d’autres inédits, ils permettent de se faire une plus juste idée des raisons de son influence. [17]

L’Ecole, lieu "public" et "privé"

Je n’entreprendrai pas ici de décrire dans leur ensemble l’activité et les positions politiques d’Althusser, ni d’expli¬quer les effets qu’elles ont produits ou les réactions qu’elles ont suscitées en France et à l’étranger. Cette question relève de l’histoire générale (et non pas seulement de celle des intellectuels). Ce qui me paraît néanmoins indispensable, c’est de tenter de caractériser l’incidence très profonde qu’elles ont eue sur ses rapports avec l’Ecole. A beaucoup d’égards Althusser, même s’il s’efforçait — par la pensée, les voyages, les relations — de ne pas s’y confiner, a considéré l’Ecole comme un lieu politique (à la fois "macro-politique" et "micro-politique"), et c’est ce que beaucoup ne lui ont pas pardonné, soit sur le moment, soit après-coup, omettant de voir ce que cette figure devait à une conjoncture dont il était le produit bien plus qu’il ne la suscitait, et ce qu’elle manifestait d’une vérité latente, et venue de très loin. Une telle relation, qui peut être vécue et pratiquée de façons très diverses, est grosse de paradoxes incessants, qu’on peut déjà repérer dans l’oscillation qu’elle engendre entre la tentation de faire du lieu universitaire (que ce soit la Sorbonne, Vincennes ou l’ENS), et singulièrement du lieu universitaire fermé, un substitut de la scène politique "réelle", et l’effort pour ouvrir ce qui était et demeure un cadre "privilégié" de la formation des intellec¬tuels de profession, sur des mouvements sociaux, des communications entre nations et entre classes virtuellement sans frontières. [18] La ré¬flexion qu’elle appelle est très loin de s’être engagée vraiment, notamment pour ce qui concerne l’im¬brication des conjonctures, des tendances institutionnelles, et des person¬nalités individuel¬les.

Althusser, on le sait, avait comme une très grande partie des intellectuels de sa génération adhéré au Parti communiste dans l’immédiat après-guerre. Il a plusieurs fois raconté que ses premières activités politiques (à côté de sa participation aux campagnes pour l’Appel de Stockholm) avaient consisté à mettre sur pied une section syndicale des élèves de l’Ecole et à en imposer la reconnaissance à l’administration. Lorsqu’il se trouva lui-même investi de responsabilités administratives, même subordon¬nées, on peut penser que, plutôt qu’une contradiction insoluble ou l’occasion d’un "double jeu" (qu’on lui reprocha parfois), il vit là l’occasion d’élaborer et d’exercer une conception origi¬nale de la politique dans l’institution, en fait très éloignée de la méthode des organisations marxistes (même quand elles sui¬vaient la "ligne de masse"), mais aussi de la dynamique de groupe ou des techniques de gestion d’entreprise, puisqu’elle combinait une pratique constante de la négociation avec l’idée que l’in¬stitu¬tion est traversée d’antagonismes sociaux irréductibles. Ad¬ministrateur, enseignant, mais aussi militant (et militant farouchement attaché à sa position "de base"), Althusser se trouva de facto au point de rencontre de toutes les catégories de l’établissement, et, dans les moments favorables, il sut en jouer efficacement (il en paya également le prix dans les moments de crise personnelle et collective). De même qu’il ne cessait de travailler à la communication entre l’Ecole littéraire et l’Ecole scientifique, de même il entretenait des relations de con¬fiance, voire d’amitié, avec les Directeurs ou avec ses collègues des autres disciplines comme avec les personnels de l’intendance et de service (Lucienne Sazerat, Henri Thoraval, parmi d’autres, pourraient en témoigner). La "cellule" communiste dont il était l’un des animateurs, et qui fonctionnait au moins autant comme un cercle de réflexion sur les problèmes quotidiens ou les destinées de l’Ecole, largement indépendant de toute organisation extérieure [19], que comme un lieu de débats politiques généraux et d’interventions publiques, se révélait plus encore que d’autres réseaux qui traversent l’institution (syndicaux, confessionnels, voire artistiques et sportifs) adaptée à ce rôle de médiation et de conscience critique. Naturellement il faudrait convoquer des témoignages précis pour délimiter cette réalité dans le temps et en apprécier les effets sans les idéaliser, savoir aussi ce qu’elle devait à d’autres personnalités que la sienne et aux ambiances d’époque (par exemple, à l’époque de la guerre froide, ou de la guerre d’Algérie, ou du mouvement étudiant avant et après "68", ou de l’"union de la gauche", etc.). Mais le fait comme tel me paraît indéniable.

A beaucoup d’égards le comportement d’Althusser dans le Parti communiste ne fut pas différent de son comportement dans l’Education nationale (ou plutôt dans ce secteur très particulier et très atypique de l’Education nationale que con¬stitue un établissement "supérieur" qui est aussi pour toutes les parties prenantes une collectivité, un lieu de vie). Ce rapprochement me paraît au moins aussi éclairant que celui qu’on a fréquemment opéré, en général et dans son cas particuler, entre l’organisa¬tion communiste et l’Eglise catholique dont il était sorti. Avec l’Eglise, le parti communiste a en commun la perspec¬tive messianique, incluant l’idée de sa propre disparition "imminente", et faisant plus ou moins bon ménage avec la gestion parfois sordide des réalités terrestres. Mais je crois qu’on ne s’éloignerait pas beaucoup de la vérité en soutenant que, pour Althusser, le Parti était comme l’Ecole (au sens général et au sens particulier) le lieu où s’éprouve la nécessité matérielle de l’institution, dans laquelle il faut constamment travailler en vue de sa propre transformation. Un lieu dans lequel s’imposent les exigences contradictoires de l’enseignement et de la tacti¬que, de l’analyse et des rapports de force, de l’action collec¬tive référée à des enjeux nationaux et de l’influence person¬nelle. Il est d’autant plus remarquable qu’Althusser, qui ne cessait de pratiquer la "double appar¬tenance", de chercher à "intervenir" dans l’Ecole comme un communiste et dans le Parti communiste comme un Normalien et un universitaire, n’ait jamais confondu les deux lieux, amalgamé les deux domaines. On peut refuser son style et ses choix, on ne peut découvrir dans son comportement la moindre trace de "noyautage".

Que la vie intellectuelle de l’Ecole normale (et parfois ses vicissitudes institutionnelles) soit traversée de tous les débats de la politique, que ses élèves et ses enseignants s’y engagent parfois sans retenue, est un phénomène coextensif à toute son histoire. Les années 1950 à 1980 ne représentent sans doute, à cet égard, qu’une succession particulièrement rapide de somma¬tions et de retourne¬ments de situation. Althusser, communiste original, puis communiste critique, contestataire mais jamais vraiment "dissi¬dent", fut donc confronté à la Guerre froide, aux guerres coloniales, aux luttes de partis et de fractions, comme le furent ses condisciples, ses élèves ou ses camarades, et il fit ses propres choix (ou ses non-choix). Mais il s’y engagea depuis l’Ecole, et d’une certaine façon avec l’Ecole. Tel est le "complexe" profon¬dément ambivalent qui appelle l’analyse et la rend difficile.

Tel est aussi le moment où, pour ce qui nous concerne ici, la référence à la "maladie", à la "folie" d’Al¬thusser, ne peut être éludée. On sait que les psychia¬tres, qui, espérons-le, savent ce qu’ils entendent par là, ont nommé "psychose maniaco-dépressive" les troubles d’humeur cycliques (exaltation/angoisse) dont souffrait Althusser depuis sa jeu¬nesse, et en tout cas depuis son retour de captivité. [20] Les écrits biographiques et autobiographiques nous proposent désor¬mais différents éléments de psychologie et d’histoire in¬dividuelle (relatifs à son environne¬ment familial, à son enfance, à ses amitiés, à sa sexualité, à sa vie conjugale, etc.) que je laisse ici entièrement de côté faute de compétence pour en apprécier la pertinence et la portée exacte. Ce qui ressort clairement des faits, en revanche, c’est la "correspondance" qui s’établit entre la pratique, les repré¬sentations politiques d’Althusser, et sa résidence ininterrompue (jour et nuit !) dans l’Ecole pendant plus de trente ans. Comme celle-ci faisait suite à cinq années de captivité, lesquelles avaient immédiatement succédé à l’enfance et à la vie plus ou moins "communautaire" du lycée, on peut suggérer qu’Althusser, par suite d’une constitu¬tion subjective personnelle ou des circonstances (et plus vraisemblablement de leur rencontre), fut toujours incapable de se constituer vraiment une autre "famille" que la communauté normalienne élargie. [21] Situation qui n’ap¬pelle aucun jugement de valeur, même déguisé en jugement de "normalité" (en quoi la vie de famille restreinte est-elle plus "normale" que la vie com¬munautaire ?), mais qui comporte manifes¬tement des contraintes et des contrecoups d’autant plus forts qu’ils sont généralement déniés. Quel genre de "communauté" est (ou était, à tel ou tel moment) l’Ecole ? Voilà la question que l’histoire d’Althusser oblige à regarder en face [22].

Or cette question interfère étroite¬ment avec la politique. On sait que déjà les épisodes dramatiques qui ont marqué les premières années de son engagement communiste (l’injonction que lui signifie la cellule des élèves de l’Ecole de se séparer de sa compagne, considérée comme politique¬ment dangereuse par le parti ; le suicide de son ami Claude Engelmann (promotion 1949), secré¬taire de la cellule et biologiste, au moment de l’affaire Lyssenko ; la réprobation subie par Michel Foucault en raison de son homosexualité, etc.) comportent tous cette triple dimension politique, familiale ou quasi-familiale, et com¬munautaire. Il en ira exactement de même à la fin des années soixante, lorsque le conflit d’Althusser avec ses plus proches disciples (tous nor¬maliens en quelque sorte "adoptés" par sa femme et par lui) à propos de la scission de l’Union des étu¬diants communistes, conduira les uns et les autres au bord du précipice. En va-t-il très différemment, même si le drame ne guette pas toujours (ce fut parfois la comédie), des activités du groupe de pensée et d’"intervention" esquissé avec certains de ses élèves et anciens élèves au milieu des années 60, et qu’il cherchera plusieurs fois à reconstituer après son éclatement ?

Rien de tout ceci ne serait intelligible si l’on ne commen¬çait par tracer le cadre spécifique de cette communauté pseudo-familiale que constituait alors l’Ecole pour qui y vivait en continuité, ne serait-ce que pour quelques an¬nées. [23] Mais rien n’en serait intéressant si on s’en tenait à des considérations psychologiques ou psycha¬nalytiques de convention (Oedipe, homosexualité refou¬lée, etc.). Ce qui est en question est l’incertitude de la ligne de sépara¬tion entre le public et le privé, sur laquelle repose au moins théoriquement notre système d’institutions. Or il se trouve que cette question est par¬ticulièrement insistante dans la pensée d’Al¬thusser, dont une partie essentielle, la plus centrale peut-être, sinon la plus développée, s’or¬ganise précisément autour de la recherche d’un "point de vue" (point de vue théorique, point de vue "de classe") qui permettrait d’analy¬ser l’origine, les fonc¬tions, les moda¬lités de la différence (dirons-nous, comme Derrida, la "dif¬férance" ?) de ces deux sphères, et par conséquent la façon dont elle commande la position subjective des individus et des groupes.

C’est pourquoi je voudrais, pour conclure, risquer une hypothèse. On pourrait en rester à l’image d’un Althusser organisateur des "pas¬sages" entre sections, des "médiations" entre fonctions, s’iden¬tifiant à l’institution pour s’en faire une protection person¬nelle (sans doute pathogène) contre le "monde extérieur", mais aussi pour tenter de l’ouvrir aux conflits et aux réalités sociales de ce monde, sans en rester aux horizons — au fond très attendus — de la "modernisation" (la haute fonction publique et les carrières politiques, l’entre¬prise, la recherche interna¬tionale et interdis¬ciplinaire). Faisant un pas de plus, on pourrait suggérer que, placé par le sort (et maintenu indéfini¬ment par la "struc¬ture") au point même des tensions que suscite la coexistence de deux lieux distincts et indissociables (un "lieu privé" et un "lieu public") sous l’apparence d’une unique institution, il a tenté de sublimer cette situation apparemment privilégiée, et en réalité intenable, pour en faire la matière d’une élaboration philosophique. Mais on peut aussi renverser complètement les termes du problème, et supposer qu’Althusser a recherché toutes les expériences qui confrontaient cette situa¬tion à ses limites, pour tenter précisé¬ment d’en comprendre l’ambivalence et la nécessité. L’Ecole, dès lors, n’aura été pour lui qu’un "ana¬lyseur" d’une contradiction beaucoup plus générale. Pour le dire en son langage, elle est, plus que toute autre institution, le modèle même de l’"appareil idéologique d’Etat" qui "interpelle les individus en sujets". Doit-elle lui être reconnaissante ou lui garder rancune de cette démonstration ? Beaucoup de nos camarades sans doute, pour qui l’Ecole est aussi symboliquement une partie d’eux-mêmes, se posent la question, de même qu’ils se demandent s’il faut être reconnais¬sant à Althusser d’avoir fait retentir le nom de la "rue d’Ulm" jusque dans les poblaciones du Chili et les campus d’Extrême-Orient, ou s’il faut lui reprocher de l’avoir marquée d’infamie. Mais la question ne saurait se poser aujour¬d’hui en termes aussi manichéens. Outre qu’il a lui-même payé le prix fort de ses raisons et de ses folies, il faut bien avouer que les temps ont beaucoup changé : ni la famille, ni la philo¬sophie, ni l’enseig¬nement, ni la politique, ni la com¬munauté, ne sont aujourd’hui ce qu’elles étaient il y a seulement quinze ans. Personne ne pourra plus se sentir "à la maison" entre le Pot [24], l’infirmerie et la cour du Ruffin [25], personne non plus ne pourra s’imaginer que le sort du monde se joue dans un séminaire de la salle Cavaillès. D’où plus de liberté, sans doute, et moins de puissance. La question de la "pratique théorique", subjectivement et objectivement, trouvera d’autres lieux peut-être, à coup sûr d’autres styles.

Notes

[1] L’avenir dure longtemps, suivi de Les faits, éditions Stock/IM¬EC, 1992. Simultanément paraît le premier tome d’une biographie par Yann Moulier Boutang (Louis Althusser, une biographie, tome I, Grasset, 1992), à laquelle j’emprunterai plusieurs éléments ci-après

[2] Les archives personnelles d’Althusser (manuscrits, correspon¬dances, cours enregistrés, dossiers administratifs, etc.) ont été déposées par ses héritiers à l’Institut Mémoire de l’Edition Contemporaine (IMEC, Abbaye d’Ardenne, 14280 St-Germain-La-Blanche-Herbe). S’y ajoutent désormais, pour constituer un "Fonds Althusser" à la disposition des chercheurs, les apports de nombreuses personnes l’ayant connu ou ayant collaboré avec lui, en France et à l’étranger, dont évidemment plusieurs normaliens. Je saisis cette occasion pour démentir une contre-vérité qui a circulé et dont certains de nos camarades se sont émus : l’Ecole n’a pas refusé d’accueillir un Fonds Al¬thusser. Elle n’en aurait d’ailleurs pas eu l’occasion, les pourparlers entre l’IMEC et les héritiers de Louis Althusser ayant abouti avant que les contacts esquissés par personne interposée entre ceux-ci et la Bibliothèque de l’ENS aient dépassé le stade exploratoire

[3] Le Fonds Althusser contient une série complète de notes prises aux "petits" et "grands" conseils, qui constituent sans doute un document de premier ordre pour les futurs historiens de l’Ecole d’après-guerre

[4] Voir la "Soutenance d’Amiens", rééditée dans Positions, Editions sociales, 1976

[5] On aura une idée de ces cours en lisant l’article sur Rousseau "Sur le Contrat social (les Décalages)", soigneusement rédigé mais très proche du cours dont il est issu (paru dans les Cahiers pour l’Analyse, n 8, Automne 1967) - aujourd’hui réédité dans Solitude de Machiavel et autres textes, choisis et présentés par Yves Sintomer, collection Actuel Marx Confrontation, PUF 1998 - et surtout par le volume édité par François Matheron : Louis Althusser, Politique et Histoire de Machiavel à Marx. Cours à l’Ecole Normale Supérieure, 1955-1972, Seuil collection « Traces écrites », 2006

[6] Faisons ici justice de diverses allégations. On a dit (dans l’ignorance, en général, du dét


失盗- [支教专栏]

2009-12-16
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中马方两位院长都去北京开会了。12月15日早上,我们发现孔子学院一楼复印室铁窗被撬,玻璃也都打碎了,复印室的复印机和一些电器被盗。秘书去报警,结果近两个小时,警察才来。之后我们打开大门,去楼上查看,还好没有丢其它东西。实际上好在我们配的电脑室和语音室的设备都没到位,不然这个就损失大了。警察来了后,问了些问题,看了现场,做了些记录就走了。我们又请了建这座大楼的老板,让他叫人把窗子重新修好。

最近马国局势又开始乱了,有的飞机已经禁飞,新来的老师的房东说,有可能要出现civil war,劝他们多储备粮食。自从春节时期发生政变以来,马国的失业率越来越高,许多人只能靠偷盗为生了。据说春节那阵子,人们趁乱抢了“电脑城”,然后在外面买脏货,一台电脑主机只买2万阿里(约人民币七十块),我们估计这次撬孔子学院大楼偷走的复印机,他们可能也会用不到一百块人民币出售。因为快到圣诞节了,许多没钱的人,就等着这点钱呢。据一位中国老板说,自政变以来,许多外资撤走,工厂关门。原先一个月工资十万阿里(相当于三百到四百块人民币)的工人,本来要靠这点工资养活一家六七口人,现在连这点工资也没有了,所以小偷越来越多。

下午秘书又来找我们,一起去区警察局录口供。那个警察局虽然在马国首都的最中心,但最多像个乡下的计划生育办公室,所有的东西都破旧不堪,也没看到一个穿制服的警察。秘书用手写了三份口供,然后局里的文职人员用大概在二战时期用的那种打字机,把它们打出来,这么一搞,两个小时就过去了。警察局长对案件没说什么,倒是对学中文很感兴趣,把我们请到他办公室乱七八糟地瞎扯一阵,学了“你好,谢谢,再见”三句话,然后说明天还要来孔子学院调查。但我们估计,他们不可能破案,即使破了案,也不可能追回什么东西。而且据这里的中国商人说,警察局办事,是要收钱的,往往是给警察局的钱会比被偷走的钱还多,所以大多数人对报警没什么指望,被盗自能认自己倒楣。

现在我们担心的是,以后孔子学院配了电脑室和语音室,成为全马国教学设备最好的教学机构之后,可能还要面临更大的危险,我总觉得下一次的失盗在所难免。


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昨天送走师大代表团。贴一些照片在这里。

 


- [流言]

2009-12-01
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前几天参加了“马达加斯加-中国友好协会”成立二十五周年庆典,折腾了一天,居然还穿着皮鞋打了太极拳。今晚要去机场接人,师大代表团近二十人,要来马国访问,演出,当然更要参观。也就是说,我们为期一周的“三陪”活动又要开始了。这次人这么多,校长书记老师学生,恐怕有点不好对付。留个言先。

 


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12月23日和24日,去了一趟菲亚那措。

 从塔那那利佛(Antananarivo)到菲亚那措(Fianarantsoa)大约410公里,沿着马国中部由北向南的山脊,我们就像是奔驰在马达加斯加的脊背上。沿途弯弯曲曲的山路,使我第一次感觉到坐车是如此地难受,差点就没吐出来。23号去和24号回,都各用了7个多小时,包括在路上吃饭,两趟都用了8个多小时,而且一路上算我们的车跑得最快,不断地超车。

 一路上根本就没有想像中的风景,只有山,大都是没有树的荒山,快到菲亚那措时,才能看到一些树林。但外省的贫困却实让人触目惊心。一路上,我们看到许多小村庄,都还是土胚做的房子,屋顶上只有干草,屋里黑咕隆冬。有一些人摆了些小摊在公路边,卖一些纪念品,或者红萝卜和土豆,但几乎无人问津。24日早上六点多从菲亚那措回塔那时,路上可以看到一群一群的农民往城镇上赶,他们都用各种颜色的布裹着身子,而没有像塔那市人那样的外衣,但里面穿着什么,也不知道。他们无一例外地,都赤着双脚在柏油路上行走,包括老人与小孩。沿途还可以看见一些石头垒起的简易小灶,到中午的时候,就有路人或在野外劳动的人把背包里的小锅放在上面,里面加些米、玉米和水,从山上拾些柴火,就那样生火做饭吃。这些情境都让我感到不安,作为一个外来者,其实我对马达加斯加了解的很少,对马国人民了解得更少。

 等以后正真深入地了解了马国,再写一些文章吧。这里只贴些照片。全当刷墙。

去的路上和司机与饭店老板合影

 

那家饭店里很漂亮(饭店在进Ambositra市的路边上)

 

国内现在入冬了,马国正好是春天,家家户户春耕忙。不过,在马国,这样的平地很少,大都是山上的梯田。从气温上来说,一年至少也能种三季,但因为没有水利设施,在旱季时就没法种植,所以一年只种一季,真正的是靠天吃饭。

 

这就是菲亚那措(Fianaransoa)市华人私立学校(college prive chinois)的学生,大都是马国人,有部分混血儿。我们准备派三位老师到这里开一个“孔子学堂”。这所学校始建于1952年,最开始是为华人子女开的,后来向马国人开放,收费很低。

中间三位分别是菲亚那措华人商会的会长,华人学校的校董,及商会的秘书长。他们都生长于马国,而且都是在那所华人学校毕业的。除了那位秘书长去过澳门和香港读书,其他两位连中国都没有去过,也不会讲普通话。

 

这是我们在菲亚那措住的旅馆,也是一位华侨开的。里面只有两张床,当然还有蚊子,晚上我和头头都是和衣而睡,而且都只睡了四、五个小时。

回塔那时在路上拍的。一路上都是山。不过据说如果从菲亚那措继续向南走,就到大草原了,然后是猴面包树,但我们没去,第二天一大早就启程往回赶。半路上还拉肚子。

与司机汉雷合影。这位汉雷老兄很细心,路上我们让他开收音机或放音乐听听,他就放一段时间宋祖英的歌,然后开一段时间收音机。

 

回塔那时,在安其拉贝(Antsirabe)一家中国人开的“钻石饭店”吃午饭。因马国政局动荡,这些饭店也没什么生意。


文学中的城市- []

2009-11-21
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虽经了一些曲折,书总算出版了。还没有见到里面是什么样子,希望不会有太多错误。据黄老师说,封底又出现了“平琼”,其实应该是“品钦”,在第一次校样中我就发现“品钦”都被出版社改为“平琼”,并要求全部改回来,没想到正文改了,封底又出来了。

将“后记”贴在这里,算是一个小小的告别吧,虽然一年多以前早就告别过了。

下周一到周三,要到外省去一趟,恰谈在那边设立汉语教学点的事,开车要走一天,在那里考察一天,再开一天车回来,不知道路上会遇见什么事。

译后记

这部译著的完成,包含着许多老师和朋友的心血。部分章节曾作为上海师范大学现当代文学专业研究生的外语课作业,由我的师弟师妹们译出,我在他们译稿的基础上进行了重译,所以这里面也包含着他们的劳动。

感谢城市研究专家陈恒先生和乔伊斯研究专家戴从容先生,他们分别对“第2章:从神话到控制”、“第7章:乔伊斯之城”的译稿进行了校对,修正了一些错误的译法,并提出了许多宝贵意见。

感谢黄福海先生,当我还在读硕士的时候,就有幸听过他给我们开的专业外语课,当时他讲英美诗歌,让我受益匪浅。这次请到他作为本书的校者,又让我学到了许多。黄老师不仅学识广博,而且做事细心认真,在每处有修改的地方,他总是注明修改的原因和依据;在参考已有中译本的译文时,他也是特别费心,往往是我参照手头上已有的中译本之后,他会指出还有哪几个译本,并告诉我谁的译本更可靠;在校稿中,他还随手写下了不少文字,告诉我一些关于翻译方面的知识,这对于初学翻译的我来说,真是弥足珍贵。

这本书的翻译在断断续续中进行,前后一共花了两年半的时间,其中有一大半时间用来查找和阅读相关资料。刚接手这项翻译时,我还是个准父亲,现在孩子已经会踢球能认字了,而我自己也已经从一名在读研究生成为一名教师,不能不感叹岁月流逝之快。因此特别要感谢我的导师薛毅先生,感谢他给我这个机会,让我在这较忙碌的两年多时间里仍然坚持学习,感谢他对我一再拖稿的宽容。为了提高译稿的质量,薛老师费了许多时间和精力。

这部著作中涉及到大量的西方文学、自然科学及人文社科著作,有的有中译本,有的没有,凡有中译本的,我都尽量参考已有的中译本译文,在这里也一并向那些译者表示感谢。

最后,感谢我的爱人,在这两年多的时间里,她承担了大部分的家务,让我有时间能够在教学之余完成这项工作。

尽管有老师和专家把关,然而本书所涉领域杂多,译者水平有限,误谬肯定难免,这些都应由我个人负责,并真诚希望方家批评指正。

吴子枫
2008年3月1日于南昌瑶湖
邮箱:……


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前天忙了一天,布置会场,昨天上午终于成功举行了“孔子学院大楼启用仪式”。中方大使馆的大使,参赞等人员,各华人团体代表 ,以及马方教育部代表及塔那大学校长等出席了仪式。中方大使馆领导及各团体代表都为我们孔子学院在动乱时期,在这么短的时间内能 取得这样的成绩而表示赞赏,同时孔子学院的成绩,也反过来使得马国华人更感受到祖国的强大,体会到作为一个中国人的自豪。就 我所接触到的那些中资企业协会、华商总会的头头们,以及大部分在马华人,都对我们的工作很支持,同时也对我们孔子学院的教师 很尊重。而马国的学生,也都对学习汉语非常感兴趣,对中国充满向往。或许是诸多物质的与非物质的因素的共同作用,今天活动的 效果出奇地好。

 回顾来马国半年多,虽然有点忙,也改变了以前的一些生活习惯,看书的时间也少了,但确实还是有一种成就感。看着自己的学生从 不懂一句汉语,到现在能阅读一般的文章,能把中文歌唱得那么清晰响亮悦耳,真是莫大的欢喜。此外,那些学生对我格外尊敬,喜 欢与我交流,我为有这样一些异国的学生与朋友感到高兴,虽然现在我还不能与他们进行深层的交流,但我想总有一天,在我的学生 中,会出现一些真正的朋友,他们能视中国人民为朋友,同时能立足于本国,为马达加斯加人民而奋斗。

仪式开始 坐在第一排的是各华人团体代表 同声歌唱 与部分获奖学生合影 朋友与师生 与大使馆及华人团体代表合影

以下是孔子学院大楼建设过程回顾 更早时候的照片 与小孩 与老人


刷墙- [支教专栏]

2009-11-06
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赛完篮球,昨天又给本科生举办了一场汉语朗读比赛。决赛短文是“司马光砸缸”和“画蛇添足”。


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送走了师大代表团。新的活动又不断。前些天“会见”了塔大校长,一起吃了马国特色菜。昨天中午我们请农业部派来的农业组专家们吃饭,由中马银行的黄总买单,一直吃到3点多。晚上大使馆的朋友在新来的老师住处搞烧烤,大家又吃到九点多,我当了一回烧烤手。今天上午我们要与新来的老师们去一家广东人开的饭馆吃早茶,准备吃到十二点,午饭就免了。下午与孔子学院汉语本科班的学生搞篮球友谊赛,就我这样从没摸过篮球的人,也要上场。


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